L’hypnose ne se substitue pas à un suivi médical. Raphaël (l’auteur) n’est pas médecin. Parlez-en à votre médecin traitant au préalable.
Chaque année, c’est le même moment. Les journées s’allongent, les vitrines affichent des maillots de bain, et quelque chose se serre dans votre poitrine. Pas de la joie. Pas de l’impatience. Une sorte de honte sourde, familière, qui revient comme une ancienne blessure que vous pensiez cicatrisée.
Vous vous regardez dans le miroir et vous ne vous reconnaissez pas — ou plutôt si : vous vous reconnaissez trop bien, dans ce corps que vous portez depuis des années avec ce même sentiment d’échec. La question n’est pas « comment perdre du poids avant l’été ».
La vraie question, celle que peu de personnes osent poser, est : pourquoi cette honte revient-elle à chaque printemps, et pourquoi les régimes n’y changent jamais rien durablement ?
Si vous êtes en train de lire ces lignes, c’est peut-être que vous commencez, vous aussi, à douter que « encore un régime » soit vraiment la réponse.
En bref : La honte du corps face au maillot de bain n’est pas causée par votre poids — elle précède souvent les compulsions alimentaires et alimente un cycle répétitif que les régimes saisonniers aggravent. Dans son cabinet à Paris Opéra, Raphaël accompagne des femmes qui vivent exactement ce cycle depuis des années, et la sortie passe par la compréhension du lien entre honte et compulsions, pas par une nouvelle restriction.

Il y a quelque chose de particulier dans le moment où l’on ressort un maillot de bain. Ce n’est pas seulement essayer un vêtement. C’est se confronter à un verdict annuel sur son propre corps — un verdict que l’on s’inflige à soi-même, dans la solitude d’une cabine d’essayage ou devant la glace de la salle de bain.
Ce rituel déclenche ce que les spécialistes du comportement alimentaire appellent une comparaison corporelle activée par le contexte. En clair : le simple fait de voir des images de corps en maillot partout — sur les affiches, dans les magazines, sur les réseaux sociaux — réactive un système de comparaison dans le cerveau. Et pour beaucoup de femmes qui souffrent de compulsions alimentaires, ce système est déjà hypersensible.
Le maillot de bain n’est pas la cause de la honte. Il en est le déclencheur saisonnier. La honte, elle, était déjà là.
Pourquoi la honte du corps précède-t-elle souvent les compulsions ?
Voilà quelque chose que l’on comprend rarement au début : la honte corporelle ne découle pas des compulsions alimentaires. Très souvent, c’est l’inverse.
Quand une personne porte une image d’elle-même profondément négative — « je suis trop grosse », « mon corps est honteux », « je me dégoûte » — ce message interne crée une tension émotionnelle permanente. La compulsion alimentaire vient alors comme une tentative de soulager cette tension. On mange, on se sent momentanément mieux, puis la honte revient, amplifiée cette fois par le « craquage ». Et ainsi de suite.
Ce n’est pas la nourriture le problème central. C’est la honte qui cherche un exutoire.
« J’ai cru pendant des années que si je maigrissais, la honte disparaîtrait. Mais même à mes moments les plus minces, je trouvais quelque chose à détester dans mon corps. Ce n’était jamais assez. »
Le cycle mars-mai : comment les régimes saisonniers aggravent la situation
La mécanique est devenue tellement prévisible qu’elle a son propre calendrier intérieur. Mars arrive, les températures remontent, et avec elles une résolution : cette année, ce sera différent. Vous commencez un régime. Vous vous restreignez. Pendant quelques semaines, vous tenez.
Puis vient un soir de stress, une réunion difficile, une dispute, ou simplement la fatigue d’une journée trop longue. Et vous mangez. Pas un peu — beaucoup. Parce que la restriction avait créé une pression que le moindre déclencheur émotionnel suffit à libérer d’un coup.
Ensuite : culpabilité, découragement, abandon du régime. Reprise du poids, parfois avec un kilo de plus qu’au départ. Et la honte, qui avait un peu reflué pendant la phase « bonne résolution », revient avec une intensité redoublée.
L’été se passe à éviter la plage, à porter des shorts sur le maillot, à refuser des invitations. L’automne arrive avec un soulagement discret. Et en mars suivant, le cycle recommence.
Ce n’est pas un manque de volonté. C’est la physiologie de la restriction qui produit mécaniquement ce résultat.

Ce qui se passe vraiment dans le cerveau quand on « se dégoûte dans un miroir »
Quand vous vous regardez dans un miroir avec dégoût, votre cerveau ne voit pas simplement un reflet. Il reçoit un signal de danger. La honte est une émotion sociale primaire — dans l’histoire évolutive de l’être humain, être rejeté du groupe représentait une menace vitale. Le cerveau réagit donc à la honte comme à une alerte.
En réponse à cette alerte, il cherche une solution rapide pour apaiser l’état de détresse. Pour beaucoup de femmes qui ont développé un lien émotionnel fort avec la nourriture depuis l’enfance ou l’adolescence, manger est devenu cette solution rapide. Pas par gourmandise. Par survie émotionnelle.
Comprendre cela change radicalement la façon d’aborder les compulsions. Ce n’est pas une question de discipline ou de gourmandise. C’est un mécanisme d’adaptation que le cerveau a appris à activer face à une émotion insupportable.
À retenir : La compulsion n’est pas le problème — c’est la solution que votre cerveau a trouvée pour gérer la honte. Supprimer la solution sans traiter l’émotion sous-jacente ne fonctionne pas durablement. C’est pourquoi les régimes, qui s’attaquent uniquement au comportement alimentaire, n’interrompent jamais ce cycle.
Anecdote cabinet : la cliente qui « vivait pour l’hiver »
Dans mon cabinet, j’ai reçu il y a quelques années une femme que j’appellerai Sandrine. Sandrine avait 38 ans et venait me voir en mars — comme beaucoup. Ce qui m’a frappé dans ce qu’elle décrivait, c’est cette phrase qu’elle a prononcée dès notre première rencontre :
« Je vis pour l’hiver. »
Elle m’a expliqué. En hiver, sous les manteaux, les pulls épais, les bottes, elle se sentait protégée. Personne ne voyait son corps. Elle pouvait circuler dans le monde sans cet état de vigilance permanent. Mais dès que mars arrivait, une anxiété sourde s’installait. Elle annulait les week-ends à la mer. Elle refusait les sorties à la piscine avec ses enfants. Elle portait des t-shirts larges par 30 degrés.
En travaillant ensemble, ce qui est apparu n’était pas une question de poids. C’était une honte profonde, installée depuis l’adolescence, que son corps avait cristallisée. Et les compulsions nocturnes, celles qui « ruinaient ses régimes » à en croire sa propre description, étaient directement liées aux moments où cette honte était la plus vive — les essayages, les photos de groupe, les commentaires d’un proche.
Sandrine n’avait pas besoin d’un régime de plus. Elle avait besoin de comprendre ce que cette honte lui faisait, et d’apprendre à l’aborder autrement.
Vouloir perdre du poids ou vouloir arrêter de souffrir : quelle est vraiment votre demande ?
C’est une question qui peut sembler provocatrice, mais elle est centrale. Quand vous vous dites « je veux maigrir avant l’été », quelle est la vraie demande derrière cette phrase ?
Pour la plupart des femmes qui consultent à ce sujet, la réponse honnête n’est pas « je veux un corps plus petit ». C’est : je veux pouvoir me regarder sans souffrir. Je veux aller à la plage avec mes enfants sans avoir honte. Je veux arrêter de penser à mon corps à chaque repas.
Ce sont des demandes d’arrêter de souffrir. Et perdre du poids, en tant que tel, n’y répond pas — comme en témoignent toutes les femmes qui ont perdu du poids et continuent de se dégoûter, ou qui reprennent les kilos dès que la pression se relâche.
La vraie question n’est pas « comment maigrir » mais « pourquoi mon rapport à mon corps est-il si douloureux, et qu’est-ce qui entretient ce cycle ? »

Pourquoi la restriction aggraverait-elle les compulsions ?
La physiologie de la restriction est maintenant bien documentée. Quand vous réduisez sévèrement vos apports alimentaires, votre cerveau — qui interprète toute restriction prolongée comme une menace pour la survie — augmente la sensibilité aux signaux de récompense alimentaire. En clair : plus vous vous privez, plus la tentation de manger devient forte.
À cela s’ajoute un effet psychologique : la restriction crée une relation binaire à la nourriture. Il y a les « bons » aliments et les « mauvais ». Les jours « parfaits » et les jours « ratés ». Cette pensée en tout-ou-rien est elle-même un terreau fertile pour les compulsions. Dès qu’on a « craqué » — même légèrement — on se dit « c’est raté, autant continuer » et on mange jusqu’à l’écœurement.
Ce n’est pas un hasard si les compulsions sont souvent plus intenses après les périodes de restriction. C’est mécanique.
La honte comme émotion centrale — et pas seulement une conséquence du poids
Si vous reteniez une seule idée de cet article, ce serait celle-ci : la honte corporelle n’est pas le résultat de votre poids. Elle en est souvent indépendante.
Des femmes minces souffrent d’une honte corporelle intense. Des femmes en surpoids vivent très bien dans leur corps. Le poids est un facteur parmi d’autres — et rarement le facteur principal dans la souffrance liée à l’image corporelle.
La honte du corps a des racines plus profondes : des messages reçus dans l’enfance sur la valeur d’un corps, des comparaisons répétées, des remarques d’un parent ou d’un partenaire, une culture qui valorise un type de corps unique. Ces messages s’installent profondément et créent une conviction — souvent inconsciente — que votre corps n’est pas acceptable tel qu’il est.
C’est cette conviction qu’il faut travailler, pas le chiffre sur la balance.
