L’hypnose ne se substitue pas à un suivi médical. Raphaël (l’auteur) n’est pas médecin. Parlez-en à votre médecin traitant au préalable.
Tu es soignante — infirmière, aide-soignante, médecin, sage-femme — et tu vis avec des compulsions alimentaires ou des crises que tu caches soigneusement au travail. Tu soignes les autres toute la journée, mais tu n’arrives pas à prendre soin de toi. Le paradoxe est épuisant, et le silence qui l’entoure aggrave tout. Cet article t’aide à comprendre pourquoi c’est si difficile d’en parler dans ton milieu, et comment faire les premiers pas.
Tu connais les signes. Tu sais repérer les comportements à risque chez les autres. Tu as probablement étudié les troubles alimentaires dans ta formation. Et pourtant, quand il s’agit de toi — de tes propres crises, de tes compulsions, de ce que tu fais avec la nourriture quand personne ne regarde — c’est une tout autre histoire.
Être soignante et vivre avec des difficultés alimentaires, c’est porter un double masque. Celui de la professionnelle compétente. Et celui de la femme qui va bien. Cet article est pour toi, si tu te reconnais dans ce paradoxe.

C’est peut-être la partie la plus douloureuse. Tu passes tes journées à prendre soin des autres — à surveiller leur alimentation, à vérifier leurs constantes, à les écouter, à les rassurer. Et le soir, ou pendant une garde, ou juste après un service particulièrement dur, tu te retrouves face à tes propres compulsions.
Tu sais que ce n’est pas « normal ». Tu sais que ce que tu vis a un nom. Mais justement : le fait de savoir rend tout plus compliqué. Parce que tu as l’impression que tu « devrais » pouvoir gérer. Que si tu n’y arrives pas, c’est que quelque chose ne va vraiment pas chez toi.
Cette pensée est un piège. Les connaissances médicales ne protègent pas des mécanismes émotionnels. Savoir que les crises sont liées au stress ou aux émotions ne suffit pas à les arrêter — exactement comme un cardiologue qui fume sait très bien ce qu’il risque.
Le paradoxe soignant/soigné n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signe que tu es humaine. Et que ton métier, aussi beau soit-il, te demande énormément — parfois plus que ce que tu peux donner sans t’abîmer.
Pourquoi c’est si difficile d’en parler quand on est soignante
Dans le milieu médical, il y a une culture implicite très forte : les soignants tiennent. Ils encaissent. Ils ne craquent pas. Et s’ils craquent, ils le font en silence, chez eux, sans que personne ne s’en aperçoive.
Cette culture rend l’aveu d’une difficulté personnelle particulièrement risqué. Pas seulement émotionnellement — mais professionnellement. Voici ce qui se joue souvent en arrière-plan :
- La peur d’être jugée inapte — « Si on sait que je n’arrive pas à gérer mon alimentation, comment va-t-on me faire confiance pour gérer celle des autres ? »
- Le syndrome de l’imposteur amplifié — Tu te sens déjà illégitime par moments, alors imaginer que tes collègues découvrent tes crises te semble insupportable.
- L’image de force — Ton équipe soignante compte sur toi. Tu es celle qui reste calme quand tout le monde panique. Montrer une faille, c’est risquer de perdre cette place.
- La confusion des rôles — Dans un service hospitalier, la frontière entre « collègue » et « soignante » est floue. Tu as peur que l’on te regarde soudain comme quelqu’un qui a besoin d’aide — et non plus comme une professionnelle.
Résultat : tu portes tout seule. Pendant des mois, parfois des années. Et le secret devient presque aussi lourd que les crises elles-mêmes.
Les signes que le silence commence à peser
Le silence autour de tes difficultés alimentaires au travail n’est pas anodin. Il a un coût. Et ce coût augmente avec le temps. Voici quelques signaux qui indiquent que le poids du secret est en train de s’aggraver :
- Tu évites certains moments collectifs — les repas d’équipe, les pauses café, les pots de départ. Tout ce qui tourne autour de la nourriture en groupe te met mal à l’aise.
- Tu te sens de plus en plus isolée — même entourée de collègues toute la journée. Parce que personne ne connaît cette partie de ta vie.
- Les crises s’intensifient après le travail — comme si le contrôle que tu exerces pendant tes heures de service se relâchait d’un coup une fois rentrée.
- Tu commences à redouter les gardes de nuit — non pas pour la fatigue, mais pour l’accès à la nourriture quand tout le monde dort.
- Tu te sens en décalage permanent — tu accompagnes des personnes dans leur parcours de santé, et tu ne peux même pas parler du tien.
Ce n’est pas de la faiblesse. C’est l’épuisement de celle qui donne tout aux autres en se refusant la moindre aide pour elle-même.

Comment en parler à un(e) collègue de confiance
Le premier pas, ce n’est pas de tout dire. C’est d’ouvrir une porte — juste un peu, juste à une personne.
Tu n’as pas besoin de raconter tes crises en détail, ni de mettre un nom précis sur ce que tu vis. Tu peux commencer simplement :
« En ce moment, j’ai un rapport compliqué avec la nourriture. Je n’en ai jamais parlé à personne ici, mais ça commence à peser. »
Quelques repères pour choisir à qui en parler :
- Une collègue avec qui tu as un lien personnel, pas seulement professionnel. Quelqu’un qui t’a déjà parlé de ses propres difficultés, même sur d’autres sujets.
- Une personne qui n’est pas dans une posture de jugement — évite les collègues qui commentent l’alimentation des autres ou qui font régulièrement des remarques sur le poids.
- Si possible, quelqu’un qui n’est pas ton supérieur direct — au moins pour la première conversation. Le cadre hiérarchique peut rendre l’échange plus compliqué.
Ce que tu cherches dans ce premier échange, ce n’est pas une solution. C’est le soulagement de ne plus être seule avec ça. Le simple fait de formuler les mots à voix haute change quelque chose. Ça rend la situation plus réelle — et donc plus accessible.
La démarche est différente de celle qu’on ferait avec un membre de sa famille ou un ami. En parler à ses collègues demande de naviguer entre le personnel et le professionnel — et c’est normal que ça te semble délicat.
Et si j’en parlais à ma hiérarchie ?
Cette question fait souvent peur. Mais elle mérite d’être posée, parce que dans certains cas, le soutien institutionnel peut changer beaucoup de choses.
Voici ce qu’il est important de savoir :
- Le médecin du travail est tenu au secret médical. Tu peux lui parler librement sans que l’information ne remonte à ta cadre de santé ou à ta direction. C’est souvent le meilleur point d’entrée.
- Tu n’es pas obligée de tout dire à ta hiérarchie. Tu peux expliquer que tu traverses une période difficile sur le plan personnel, sans entrer dans les détails. Une cadre bienveillante n’a pas besoin de connaître la nature exacte de tes difficultés pour adapter tes conditions de travail.
- Des aménagements sont possibles — modification des horaires, changement de service temporaire, allègement de certaines tâches. Le médecin du travail peut être l’intermédiaire pour les mettre en place, sans exposer ta situation.
La peur d’être vue différemment est légitime. Mais dans beaucoup de cas, les soignantes qui ont osé en parler rapportent un soulagement immense — et parfois, la découverte que leur cadre ou leur collègue avait traversé quelque chose de similaire.
Le milieu soignant est plus touché qu’on ne le pense. Tu es loin d’être la seule.

L’hypnose pour se libérer de la honte professionnelle
La honte liée aux troubles alimentaires est déjà difficile à porter au quotidien. Mais quand elle se double d’une honte professionnelle — le sentiment de ne pas être à la hauteur de ton rôle de soignante — elle devient paralysante.
L’hypnose permet d’aller travailler directement sur ces couches de honte, sans avoir à les décortiquer intellectuellement pendant des mois. En état d’hypnose, ton esprit peut accéder aux moments fondateurs — ceux où tu as intégré l’idée qu’une soignante ne doit « jamais faillir » — et modifier la charge émotionnelle qui y est attachée.
Concrètement, l’accompagnement en hypnose peut t’aider à :
- Déconstruire la croyance que tu dois être parfaite pour exercer ton métier. Tu peux être une excellente soignante ET traverser des difficultés personnelles.
- Diminuer la honte du syndrome de l’imposteur — cette petite voix qui te dit que si tes collègues savaient, tout s’effondrerait.
- Retrouver un rapport plus apaisé à la nourriture, y compris dans le contexte du travail — les gardes, le stress des urgences, la fatigue des horaires décalés.
- T’autoriser à demander de l’aide sans que ça remette en question ta compétence professionnelle.
Le lien entre épuisement professionnel et crises alimentaires est réel, et il se travaille. Le fait d’être soignante ne te condamne pas à tout porter seule.
L’hypnose ne se substitue pas à un suivi médical. Si tu souffres de troubles alimentaires, consulte également un professionnel de santé.
